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L'UPR et son cheval de bataille

La perspective des élections de 2017 s'annonçant épique, il faut toutefois reconnaître une fois pour toutes un phénomène pourtant évident : tant que les électeurs persisteront à déléguer, ainsi qu'ils le font aveuglément et naïvement depuis plus de deux siècles, les pleins pouvoirs à l 'ensemble du corps politique, tant qu'ils s'obstineront à croire et à se satisfaire du mirage que constitue le processus électoral - ce leurre d'appellation « démocratique » très contrôlée - et tant qu'ils se passionneront pour un parti ou pour un candidat, rien, fondamentalement, ne changera sur le plan politique, du moins pour ce qui est du réel bien collectif.

Ces deux derniers siècles écoulés devraient nous avoir fait entendre raison. Apparemment non. Nous n'avons rien appris, rien retenu de notre histoire et de la succession infinie de nos erreurs et malheurs.

Aujourd'hui, en France, il apparaît que l'UPR (Union Populaire Républicaine) a le vent en poupe. Il ne se passe pas une semaine sans que le nombre de ses adhérents se multiplie. Sa figure de proue, en la personne de M. Asselineau, y est évidemment pour l'essentiel. Officiellement catalogué « ni de gauche ni de droite » (et pas plus centriste pour autant), ce qui au début des années 2000 n'était encore qu'un « mouvement provisoire » s'est rapidement mué en un parti en bonne due forme.

Ce qui veut dire qu'il s'est engagé en lice pour le pouvoir, avec tout ce que cela implique comme conséquences multiples au sein d'une démocratie de papier...

Si l'on prend le temps de s'y intéresser (et cela en vaut vraiment la peine) on comprend très rapidement que le caractère de ce parti est vraiment unique en son genre, et la qualité de son programme ne laisse indifférent que ceux et celles qui ne veulent pas tirer les leçons de l'Histoire, ne veulent pas se remettre en question ni voir où les mènent, eux avec quelque 580 millions d'autres personnes, l'Union européenne et l'Otan.

Et c'est la raison majeure, pour l'Union populaire républicaine, d'être l'unique parti à prôner le retrait de cette Union indésirée, et par conséquent de se débarrasser de son euro en phase terminale, et, dans la foulée, de quitter l'Otan sous gouverne totalitaire des États-Unis.

Ceci dit, il n'est pas question pour moi de ternir le considérable investissement, la bonne foi et le courage de M. Asselineau, qui conserve mon entier respect eu égard à son indéniable autorité en matière politique et historique. Le fait est que la qualité de son engagement en fait un élément très dérangeant sur la scène politique, au point qu'il en est pratiquement censuré des médias de masse. Ce qui devrait nous faire dresser l'oreille, dans le meilleur sens du terme.

L'UPR s'est investi dans un véritable travail d'éducation populaire par le biais de savantes conférences, toutes plus pertinentes les unes que les autres et que tout un chacun aurait intérêt à associer à celles de feu Henri Guillemin ou encore d’Étienne Chouard. Les révélations dispensées par celles-ci ne peuvent que nous interpeller, voire remettre en question bien de nos a priori quant aux origines et aux conséquences de nos problèmes financiers, économiques, politiques, industriels, diplomatiques et militaires d'aujourd'hui… et de demain.

Au vu et au su de ce qui nous est commenté dans les édifiantes conférences de M. Asselineau, on ne peut qu'admettre la pertinence de ses intentions. La base de son programme est fondée sur les trois points épineux cités ci-dessus.

Mais il ne faut pas oublier que tout parti se doit d'accroître le nombre de ses membres et d'être capable de financer ses prétentions à une élection présidentielle, qui coûte une fortune. Fortune dont on connaît l'origine pour la plupart des partis « traditionnels », ce qui devrait nous inciter déjà à nous en éloigner, ou pour le moins à nous en méfier. Question de prudence ...

Pour l'heure, nous savons que le budget de l'UPR est loin d'assurer une campagne à hauteur de celle du PS ou de l'UMP, et pour cause, nous avons encore affaire à un parti honnête. Donc, il est crucial que les adhérents à l'UPR cotisent et se montrent généreux en dons. Mais combien de temps cela durera-t-il ? Qui peut nous certifier qu'une fois au pouvoir, le président du parti de l'UPR parviendra à ses objectifs, face à une Union toujours d'autant plus forte et déterminée qu'elle doit obéir aux ordres des USA ?

Qui peut nous certifier qu'un financement « intéressé » ne surgira pas, le jour où l'audience de l'UPR ne pourra plus être évincée des médias ? Et en admettant que les buts visés soient, à terme, atteints, qu'en sera-t-il de la démocratie, de la vraie s'entend, celle qui ne devrait plus tolérer le moindre simulacre, la moindre esquive, celle qui ne figure pas au programme ?

En effet, il faut déplorer que l'UPR, essentiellement braquée sur l'UE et ses avatars , ne s'épanche pas plus sur les conséquences de l'oligarchie dont nous subissons les effets au jour le jour. Dans son programme, il n'est pas question de rendre au peuple la légitimité de son pouvoir décisionnel.

Il n'est pas question, dans les propos et visées de M. Asselineau d'en venir un jour à une démocratie directe, au tirage au sort, aux mandats courts et non renouvelables, etc., bref aux fondements d'une démocratie digne de ce nom, qui impliquerait qu'il s'efface plus ou moins rapidement pour céder la place à un mode de gouvernance populaire qui limiterait grandement l'utilité et l'importance des partis politiques, voire d'un président. (à ce sujet on lira avec grand intérêt l'ouvrage de Simone Weil : « Note sur la suppression générale des partis politiques », éditions de l'Herne)

Ce « hic » dans le programme de l'UPR est, à mon sens, une grave lacune qui affaiblit quelque peu la crédibilité de ce « mouvement provisoire », et c'est regrettable tant tout le reste s'avère attractif et juste dans ses critiques de notre société. C'est d'autant plus dommage que tout ce que M. Asselineau pourrait avancer en matière de contestation du tirage au sort peut trouver des réponses constructives.

Aussi, restons vigilants, défions-nous de la course au pouvoir, fut-ce sous les meilleurs prétextes, fut-ce dotée des plus louables intentions. Surtout, souvenons-nous que les intentions de l'UPR, qui, au stade actuel se veulent sincèrement salvatrices, ne sont jamais que le résultat des conséquences du déni de démocratie qui sévit partout en Europe depuis trop longtemps, associé également à la soif américaine de domination du monde.

Dans le programme de l'UPR il n'est nulle part question de rendre au peuple le pouvoir légitime de votation des lois, de contrôle des mandats, de révocation des élus, de l'élaboration et de l'écriture de la Constitution par une assemblée tirée au sort, etc...

Aussi, si une lutte doit effectivement être engagée coûte que coûte, et pourquoi pas durant un temps aux côtés de l'UPR, elle doit cibler quatre objectifs et doit s'étendre sur ces fronts simultanés : à la fois contre l'UE, contre l'euro, contre l'Otan et contre la fausse démocratie dont ne se départirait l'UPR, ni plus ni moins que tout autre parti - l'être humain étant ce qu'il est - une fois parvenu au pouvoir, parions-le.





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